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L’euro a regagné du terrain face au dollar à mesure que le chœur de faucons au sein de la BCE se fait plus entendre, et hier il a accueilli un nouveau membre avec le gouverneur de la banque centrale de Croatie, Ante Zigman.
Lors de ses premières déclarations publiques depuis son entrée en fonction, il a exposé très clairement la priorité du régulateur. La tâche principale reste la maîtrise de l’inflation. Toutefois, il a immédiatement souligné que cette tâche est quelque peu facilitée par la baisse des prix du pétrole.
La logique de Zigman relie directement la géopolitique à l’inflation. Il a indiqué que la réouverture du détroit d’Ormuz a entraîné une baisse des prix du pétrole, ce qui aura sans aucun doute un effet positif sur la dynamique des prix. C’est la chaîne causale que nous avons évoquée à de nombreuses reprises : un pétrole bon marché réduit les pressions inflationnistes et facilite donc le travail des banquiers centraux. Le Brent est déjà passé sous les 72 dollars d’avant-guerre cette semaine, effaçant totalement la hausse enregistrée pendant le conflit, et les commentaires de Zigman hier indiquent que la BCE considère déjà ce recul comme un facteur contribuant au retour de l’inflation vers sa cible.
Néanmoins, une baisse nette des prix du pétrole ne signifie pas que la BCE est prête à s’arrêter. Au contraire, la rhétorique des autres membres du Conseil des gouverneurs reste ferme. Le chef économiste Philip Lane a récemment déclaré que l’inflation restera au-dessus de l’objectif de 2 % pendant encore un certain temps. Le vice‑président Boris Vujcic, que Zigman remplace au poste croate, a indiqué que les pressions sur les prix, globales comme sous‑jacentes, resteront élevées pendant une période prolongée. Isabel Schnabel, dans une interview à Die Zeit, a explicitement souligné la nécessité de nouvelles hausses de taux pour ramener l’inflation vers son objectif.
Se dessine ainsi un tableau dans lequel, même sur fond de pétrole moins cher, la majorité au sein de la BCE est encline à poursuivre le resserrement.
Zigman lui‑même a clairement indiqué à quel camp il appartient. Invité à choisir entre « faucons » et « colombes », il a répondu en se référant à son expérience personnelle. En tant qu’économiste ayant grandi durant l’hyperinflation en Croatie, il a appris qu’il faut se montrer prudent face à l’inflation et agir en temps utile pour protéger les plus vulnérables. C’est un signal fort. Le nouveau membre du Conseil des gouverneurs arrive avec une aversion profondément ancrée pour l’inflation, renforçant l’aile « faucon » du régulateur à la veille des discussions sur une deuxième hausse de taux.
Pour l’euro, il s’agit d’un facteur potentiellement porteur, mais l’impact réel dépendra de la rapidité avec laquelle la baisse du prix du pétrole commencera à se refléter dans les données d’inflation. Si la désinflation liée à une énergie moins chère apparaît dans les prochaines publications, les arguments des « colombes » se renforceront et une hausse de taux en juillet sera remise en question.
Sur le plan technique, l’évolution actuelle de l’EUR/USD suggère que les acheteurs doivent désormais franchir le seuil de 1,1370. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils pourront viser un test de 1,1415. À partir de là, il serait possible d’atteindre 1,1450, mais y parvenir sans le soutien de gros intervenants serait difficile. À la baisse, je n’anticipe une activité d’achat significative qu’aux alentours de 1,1330. En l’absence d’acheteurs à ce niveau, il sera préférable d’attendre un nouveau plus bas à 1,1270 ou d’ouvrir des positions longues à partir de 1,1230.
En ce qui concerne la paire GBP/USD, les acheteurs de livre sterling doivent franchir la première résistance à 1,3185. Ce n’est qu’alors qu’un mouvement en direction de 1,3230 sera possible, au‑delà duquel la progression se heurtera à de sérieuses difficultés. L’objectif suivant se situe dans la zone de 1,3270. En cas de repli, les vendeurs tenteront de prendre le contrôle du niveau de 1,3150. S’ils y parviennent, une sortie par le bas de la fourchette porterait un coup sérieux aux acheteurs et pousserait le GBP/USD vers un creux à 1,3120, avec la perspective d’une extension vers 1,3100.